C’est quoi la prière de Tarawih et sa signification ?

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C’est quoi la prière de Tarawih et sa signification ?

Pour comprendre la signification du mot Tarawih, il faut revenir à la fois à son historicité et à son étymologie. La prière de Tarawih n’a vu le jour qu’au début du Califat de Omar ibn al-Khattab, deuxième Calife de l’Islam, et lui-même instigateur de cette prière.

Pour être concis, il nous suffit de se reporter dans le Sahih de Boukhari, dit “Le livre le plus authentique après le Coran”, pour comprendre l’histoire du Tarawih :

« Abderrahmane ibn Abd Al Qari a dit : « Une nuit, pendant le Ramadan, j’allais avec Omar ibn el Khattab à la mosquée. Les fidèles étaient en groupes dispersés. Ici, un homme faisait sa prière pour son propre compte. Ailleurs, un homme dirigeait la prière de son groupe. Omar dit alors : “Il me semble que si je réunissais tous ces gens-là sous la direction d’un seul lecteur, cela serait plus convenable”. Alors, mettant son dessein à exécution, il les rassembla sous la direction d’Obey ibn Ka’b. »1


Tout démarre de cette situation où Omar ibn al-Khattab rassemble les gens durant les nuits du Ramadan derrière un imam pour prier en groupe dans la mosquée. Suite au constat d’avoir institué cette prière, Omar déclare :



« Une autre nuit, je sortis également avec Omar. Les fidèles priaient sous la direction de leur lecteur : “Quelle excellente innovation”, s’écria Omar. »2


Cette prière étant pour ‘Omar, de son propre aveu, une innovation au sens positif et religieux du terme, à savoir “Excellente” (نعم البدعة), il ne tardera pas à :



« Il adressa des lettres à toutes les villes des possessions musulmanes pour leur ordonner d’agir ainsi. »3


Plus tard, nous apprenons que :



« Les gens se sont plaints à Omar de la durée des Tarawih. Omar a alors ordonné au lecteur qui préside la prière, de raccourcir la lecture et d’augmenter le nombre de Rakaat (génuflexions). La prière se faisait alors de 23 génuflexions. Cependant, les gens ont continué à se plaindre, il a alors encore raccourci la lecture et a augmenté le nombre de génuflexions. Ainsi, le nombre fut porté à 36 génuflexions et les choses en sont restées ainsi. »4


De par une durée trop longue du nombre de Rakaat durant les prières du Tarawih, le texte suivant nous confirme que les gens dépassaient leurs limites tout en étant dans la contrainte :



« C’était tellement long que certains s’appuyaient sur leurs cannes pour tenir debout, et d’autres s’attachaient par une corde accrochée au toit. »5


Ce dont nous sommes certains sur la question des génuflexions est ce que rapporte Souyouti dans son livre “Al-Hawi” :



« Les savants ne sont pas du tout unanimes sur le nombre de Rakaat (génuflexions) de la prière de Tarawih. »6


Ainsi, les textes que nous venons de lire affirment à la fois que la prière de Tarawih durant la période du Califat de Omar ibn al-Khattab n’était pas surérogatoire au sens de pouvoir la pratiquer ou de ne pas la pratiquer, mais obligatoire au sens d’en être obligé au point de se tenir sur des bâtons et de s’accrocher à une corde, elle-même accrochée au toit de la mosquée.



D’ailleurs, pour confirmer la probité de ce que nous avançons, les hadiths que nous avons mis en évidence, sont repris par les savants. Un certain savant, nommé Nawawi, affirme que :



« Al-Chafi’i, la quasi-totalité de ses disciples, Abou Hanifa, Ahmad et quelques malékites soutiennent qu’il est préférable de les accomplir collectivement selon la pratique adoptée par ‘Omar ibn al-khattab et les compagnons [...] »7


Ici, nous constatons à la fois que la prière de Tarawih n’est point du Prophète, mais effectuée selon “la pratique de ‘Omar ibn al-Khattab et les compagnons”, tout en se réservant le droit à la fois de parler au nom des compagnons qui eux-mêmes n’étaient point d’accord avec la pratique imposée par ‘Omar, mais aussi de rendre cette prière préférable au sens collectif ; alors que l’instigateur de cette prière qui est le plus probe et le plus concerné à en juger le caractère, l’a rendu obligatoire collectivement.



Ainsi, la signification du mot “Tarawih” qui veut dire “pause” dans son étymologie revient au fait que :



« Nous avions l’habitude de réciter le Coran deux Rakaat (génuflexions) par deux Rakaat. C’était tellement long que certains s’appuyaient sur leurs bâtons pour tenir debout, et d’autres s’attachaient par une corde accrochée au toit. »8


La “pause” se trouvaient toutes les deux génuflexions (Rakaat). Entre deux génuflexions consécutives et deux génuflexions qui allaient suivre, une “pause” se faisait de manière à se reposer.



Il est donc évident que cette pause, nommée en arabe “Tarawih”, n'apparaît qu’au moment de l’institution de cette prière, c'est-à-dire sous le califat de Omar ibn al-Khattab.



Or, et c’est pourquoi nous avons insisté sur la reprise de l’historicité de cette prière, l’étymologie ne peut déterminer à la fois la signification de cette prière, ni même et à l’inverse, son histoire ne peut déterminer la signification de la prière de Tarawih.

À travers les textes de sources, et à travers l’étymologie, nous comprenons que cette prière qui avait pour but principal de faire prier les gens de manière obligatoire durant les nuits du Ramadan en groupe dans la mosquée, en faisant une pause entre toutes les deux Rakaat (génuflexions), se réduisit en une prière surérogatoire par la volonté propre des gens et le constat de son instigateur. Au point d’en admettre aujourd’hui que la prière de Tarawih est une prière surérogatoire qui n’est le fruit unique que de ‘Omar ibn al-Khattab. Une prière ne pouvant être instituée par un quelconque calife (ou autres) dans le corps de l’Islam, et dont la révélation n’appartient qu’à Allah Seul, l’obéissance et le suivi sont uniquement dirigé envers Allah et Son Prophète, la prière de Tarawih n’a donc aucun cadre légal.

À présent, est-ce que la prière de Tarawih est une pratique qui est validée par le Prophète Muhammad ? Est-ce que la prière de Tarawih est interdite ? Est-ce une désobéissance au Prophète ? Toutes ces questions trouvent des réponses dans les textes de sources. C’est pourquoi, je vous renvoie à nos articles ou à d’autres FAQ ici-même.



Pour aller plus loin

  1. Sahih de Boukhari.
  2. Sahih de Boukhari.
  3. Les Chroniques de Tabari. Dar Al-Kotob Al-ilmiyyah, DKi, Pages 569-570, Pages 77-78.
  4. كتاب التھجد دار الكتب العلمیة الامام عبد الحق الاشبیلي - Kitab At-Tahajjud de Abdelhaqq Alichbili
  5. Tarikh al-madina al-munawarra de Ibn Chabba, page 379.
  6. Page 74.
  7. Le Sahih de Muslim, Recueil de Hadiths authentiques du Prophète avec Commentaire d’Al-Nawawi, Dar Al-Kotob Al-ilmiyah DKi, Tome 3, pages 438-439.
  8. Tarikh al-madina al-munawarra de Ibn Chabba, page 379.

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